Loch'Contaut ou La Loutre de la Lagune

19 juin 2011

Il m’arrive souvent, alors que rien ne semble devoir évoquer ces souvenirs, d’avoir les pensées qui s’échappent vers ceux d’une saison lointaine… enfin pas tant que ça. Mais quand je marche sur les quais de la Gironde je ne peux imaginer que ces instants passés à la lagune de Contaut ne datent même pas d’un an. Les émotions qui s’y rattachent sont si émouvantes qu’ils me semblent émerger d’une autre vie…

 

26 juillet 2010

 On en voit des choses, dans une vie de naturaliste, on en rencontre des animaux plus ou moins rares, chacun laissant sa trace plus ou moins indélébile. Et puis bien sûr il y a les instants magiques, les rencontres particulières dont la richesse émotionnelle, la bouffée de plaisir dont on est gorgé, marquent d’une pierre blanche ces instants trop vite passés.

Ce fut le cas de ce jour de juillet que je veux, cher lecteur, partager avec toi.

Je travaillais alors pour le Conseil Général de la Gironde comme guide naturaliste à Hourtin. Du terrain, des visites guidées, avec une belle paire de collègues. Chaque jour apportait son lot de belles obs. Les rives du lac où nous travaillions étaient le royaume de bien des libellules. C’est là aussi que volait le fadet des laîches à la fin du printemps, tandis que la lagune de Contaut donnait presque l’illusion d’une forêt tropicale, perdue au milieu des immenses osmondes royales.

 

Calme plat sur la lagune

Mais pour ce qui concerne notre histoire, tout commença le premier jour de la saison, quand Joackim, notre patron, promis le champagne à qui verrait la loutre. Cette promesse à elle seule était déjà très prometteuse, car elle impliquait que la bête pouvait être présente. Nous savions aussi que nos prédécesseurs s’étaient cassé les dents dessus. Depuis quand ? 8 ans ! Depuis 8 ans elle n’avait pas été vue, alors que les guides, successivement, la cherchaient avidement du bout de leurs jumelles. Dès lors, l’animal devînt une légende.

 

Puis commença le terrain, et nous nous aperçûmes que le mustélidé, en effet, était bien là. Sur les rives du lac, ses empreintes et ses épreintes ponctuaient régulièrement le rivage vaseux. Parfois si fraîches qu’en les trouvant, nos regards agités se dressaient à l’horizon avec l’idée secrète qu’elle était peut-être encore par là.

 

Epreinte frâiche. La loutre était-elle encore toute proche?

Quand nos pensées furent trop pleines de la savoir ici, et que nous commençâmes à bien cerner ses lieux de passages, nous décidâmes de tenter un affût. Nous allions passer à trois une nuit entière à attendre qu’elle se montre. La date fut fixée au 16 juillet. Mais le jour venu, la motivation c’était vaguement dissipée et nous reculâmes.

 

Qu’avions nous fait ?

Le lendemain, c’était florilège de traces aux rives. Elle avait épreinté partout ! Comme jamais ! Ici des traces, là une gratis avec des épreintes, ici une piste… Nous nous mordions les doigts d’avoir annulé notre affût tant nous poignait la certitude d’avoir raté notre plus belle chance. Mais cet événement eu un bénéfice, celui d’élever encore l’espèce dans notre intérêt, transformant alors la légende en mythe…

Les empreintes montrent même la palmure de l'animal Gratis réalisé pour y poser une épreinte

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Décidés à ne pas renouveler un échec, nous fixâmes un nouvel affût au 27 juillet, proche de la pleine lune. C’était notre ultime chance avant l’ouverture de la chasse à la tonne, pratique ‘’traditionnelle’’ qui veux que les chasseurs passent la nuit dans leurs cabanes à l’affût des oiseaux d’eau. Inutile, donc d’espérer se poster là où bientôt les groks passeraient les heures nocturnes.

La date approchait et l’excitation montait doucement. Le 26, soit la veille de notre tentative,  Joackim vînt passer la journée avec nous. Il venait de temps en temps pour faire avec nous un peu de terrain. Un passage aux rives le matin, puis au Palu l’après-midi. Il faisait beau, il faisait chaud. De retour du Palu, nous prîmes position sur le banc du relais de la lagune de Contaut. Il devait être 16h00 ou 16h30. L’eau était d’huile, aucun promeneur à l’horizon. Tout juste quelques voitures sur la route toute proche, se dirigeant vers l’océan, transportaient des gens qui ne sauraient jamais ce qui allait se vivre quelques secondes plus tard…

Toujours est-il qu’au milieu d’une phrase (mais que disait-il ?) Joackim bondit sur ses jambes, pointant fébrilement du doigt la rive opposée de la lagune en criant « J’ai vu la Loutre ! »

Ce fut alors comme une décharge électrique. D’un même élan, nous bondîmes tous les trois en enfonçant profondément dans nos orbites nos paires de jumelles. En face, sous les saules, une silhouette énorme serpentait à la surface. Un gros dos, une grosse queue, et la voilà sous l’eau. Cela n’avait duré que quelques secondes. D’une voix tremblante, Joackim nous appelait à regarder les bulles. Des bulles ? Mais quelles bulles ? La bête réapparut quelques secondes, puis à nouveau un plongeon, comme aurait fait le monstre du Loch Ness : tout en souplesse et sans remous. Ce fut la dernière observation de la journée. Où était-elle passée ? Elle avait disparu. Nous la cherchâmes encore une heure, en vain.

Fébriles, nous rentrâmes enfin, pas certains d’avoir bien vu la loutre. Et pourquoi pas un ragondin ? Tout avait été si vite.

Mais ce premier temps passé, l’animal allait nous offrir le privilège de rester encore plusieurs semaines, nous permettant de faire d’excellentes observations. Insouciante de la proximité des gens ni du passage constant des voitures, elle se laissait observer à toute heure de la journée.

 

 

Le 2 août, jour du bilan de mi-saison, le champagne coulait à flots.

Les bulles dont nous parlait Joackim, c’étaient celles de son pelage, bulles d’air emprisonnées et libérées au fur et à mesure de son parcours aquatique.

 

Le chemin aquatique de la loutre, ponctué de bulles

 

Cette loutre, nous l’eûmes finalement pour nous près de deux mois. Un vrai privilège que nous partagions même lors de nos visites guidées.

Nous consacrâmes aussi beaucoup de notre temps perso à observer la bête du Loc’h Contaut, qui nous offrit de si jolis moments.

Sa dernière observation remonte au 21 septembre, dernier jour de boulot à la lagune…

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