Les caudatus franciliennes - La mésange à longue queue nordique

20 janvier 2011
A mon réveil le ciel semblait plus dégagé que ce qu’avait prévu la météo. Cela pourrait être l’occasion de faire un tour pas loin, dans un parc urbain.
Je me souvins d’un mail sur le réseau de discussion ornithologique d’île-de-France où il était question des caudatus au cimetière de Thiais. Cela remontait à un bon mois mais pourquoi pas ? Après tout, ce n’était vraiment pas loin de chez moi…

Les caudatus, historique
Il existe dans l’avifaune française une très jolie mésange que l’on nomme la mésange à longue queue. Toute vêtue de noir et blanc et délicatement teintée de rose, elle est comme dessinée au pinceau. On la rencontre systématiquement en bandes qui ne cessent de se déplacer en émettant de fins petits cris qui les identifient rapidement. Lorsqu’elles se déplacent d’un arbre à l’autre on voit, comme le dit si bien une amie, des petites cuillères volantes tant leur queue est grande. Leur tête est blanche et marquée d’un large sourcil noir.

mésange à longue queue

mésange à longue queue

 

 

 

 

 

 

 

 

mésange à longue queue

Seulement voilà, cette petite mésange se décline en plusieurs sous-espèces dont je ne viens de décrire que celle d’Europe de l’Ouest : Aegithalos caudatus europaeus. Il en existe plus d’une quinzaine d’autres, dont celle qui nous intéresse, Aegithalos caudatus caudatus, occupant l’Europe de l’Est à partir de la Pologne et de l’Ukraine jusqu’en Russie. Cette sous-espèce, appelée communément la mésange à longue queue nordique, se distingue notamment par l’absence totale de sourcil noir, lui conférant un air encore plus doux s’il était possible, avec la tête blanc pur.
Au regard de ce qui vient d’être dit, on constate que la présence de cette sous-espèce en France relève de l’anecdote. Et effectivement, les observations ont toujours été isolées et ponctuelles… jusqu’à cette année…
Depuis l’automne 2011, la France vit un afflux sans précédent de mésanges à longue queue nordiques. Des groupes de nombreux individus sont souvent observés, notamment à l’Est du pays. Pourquoi sont-elles là ? D’où viennent-elles ?
Les afflux de ce type ont lieu de temps en temps pour certaines espèces. Les vagues de froid sont souvent mises en avant, auxquelles peuvent s’ajouter une bonne saison de reproduction qui multiplie les individus… Mais pourquoi alors cela ne concerne-t-il jamais plus d’espèces ? Et d’une année sur l’autre pas les mêmes ?
Toujours est-il que cette hiver 2011 donnait le ton. Chacun cherchant à voir les mésanges à longue queue nordiques.

L'observation
C’est dans cet optique que je me glissais dans le cimetière avec jumelles et appareil photo. Les nombreuses et interminables allées promettaient une longue prospection et de grandes chances de rater les mésanges, si toutefois elles étaient là.
Je mis pas mal de temps à croiser enfin le « bon groupe ». En fait dans de telles conditions chaque apparition de mésange donne lieu à une bonne décharge d’adrénaline. On entend tout d’abord les petits cris de contact du groupe et tout s’ébranle, on retient sa respiration, on braque les jumelles. L’une après l’autre on les détaille, on cherche à voir la tête. Je croisais ainsi une première troupe qui ne comportait que des mésanges « locales » et passait un temps infini à les décortiquer pour être certain qu’une nordique ne se cachait pas parmi elles. C’est qu’elles bougeaient tellement qu’on avait sans cesse l’impression de ne les avoir pas toutes regardées. Quand enfin je fus sûr de moi, je continuai mon chemin. Je prêtais un œil distrait aux quelques litornes qui s’égayaient dans les hauts arbres. C’est qu’il faisait froid. La température ne devait pas excéder quelques degrés, et mes doigts qui sortaient des mitaines étaient frigorifiés.
Quand enfin je vis le deuxième groupe de mésanges à longue queue, le premier individu que j'observai avait la tête toute blanche.
J’y étais !
Le manège actif du groupe ne m’aidait pas à garder mon sang froid. Elles bougeaient sans cesse dans les hauteurs d’un frêne. J’en vis une seconde, qui se précipita dans la haie de troènes, à hauteur de regard ! ! Elle allait m’épargner les pénibles contre-jour. Aussitôt je sortais l’appareil et m’approchais. Ca gazouillait dur là-dedans, les autres l’avaient rejoint. Il y avait au moins trois nordiques au milieu de mésanges « classiques ». Je déclenchais une fois, deux fois, trois fois. Impossible de faire mieux. La troupe bougeait trop. Les petites cuillères remontèrent bientôt dans un marronnier, puis passèrent le mur du cimetière au bord duquel j’étais.

mésange à longue queue nordique de Thiais mésange à longue queue nordique de Thiais

 

 

 

 

 

 

 

 

mésange à longue queue nordique de Thiais

Aller quoi, cinq minutes en tout ? Le temps d’en prendre plein les mirettes, et de rêver un peu. D’où venaient-elles ? Quels pays avaient-elles traversé ? Quelle distance avaient-elles parcouru pour arriver là ? Devant ces questions qui resteront sans réponse je ne pus que m’extasier et considérer toute cette magie comme une fort belle chose…
Que d’étonnantes rencontres à faire encore…

 

Pour en savoir plus: http://www.ornithomedia.com/pratique/identif/ident_art94_1.htm

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