Le Vautour et l'Orchidée, du pied de l'arbre au sommet

Fin avril, vallée des Aldudes...

Le temps est maussade, ce qui n'est pas pour me plaire. J'ai pris deux jours dans les Pyrénées pour aller reconnaître plusieurs itinéraires que je serai amené à emprunter en animation plus tard, et j'aurais aimé avoir un beau soleil pour en profiter à fond. Ce n'est pas que le printemps ait trainé à se mettre en route, bien le rebours, mais la découverte d'une nouvelle région, et d'autant plus quand on sait pouvoir y rencontrer de bien intéressantes espèces telles que la vipère de Séoane, le lézard catalan ou que sais-je encore, s'apprécie mieux par beau temps.

 

Mais quelques averses viennent gâcher mes espoirs. Les reptiles ne seront pas de sortie. Qu'à cela ne tienne, l'orage ne viendra pas, c'est déjà ça, et je suis là pour prospecter mes itinéraires.

Du village des Aldudes je gare la voiture pour rejoindre à pied les crêtes occidentales de la vallée. De vieux hêtres torturés bordent les pentes abruptes où l'écobuage favorise les fougères.

L'écobuage, cher lecteur? C'est la pratique pastorale qui permet de maintenir les alpages ouverts. Un petit feu en bas de la pente et ça monte tout seul. Ce sont les nitrates que les plantes brûlées déposent dans le sol qui alimentent les fougères aigles.

Je monte vite car j'ai, somme toute, peu de temps. Un faucon crécerelle chasse malgré le mauvais temps, et dans le ciel d'innombrables vautours planent avec l'air de ne pas savoir où aller. C'est qu'ils sont placides, passent et repassent, sans battre des ailes. Il ne fait pas encore assez mauvais pour que les grands voiliers s'immobilisent sur leurs falaises. Sur la crête, je décide de quitter le chemin pour continuer en hors piste, et c'est là qu'après quelques centaines de mètres, j'aperçois, vissé sur la branche morte d'un gros hêtre, la masse sombre d'un vautour fauve, la tête cachée sous les plumes.

L'animal dort, et je ne suis pas si loin. Vais-je le réveiller et le faire fuir? Je fais déjà quelques images d'où je suis. La pente est telle que je me trouve au-dessus de lui. Discrètement je m'avance vers lui, prenant la direction d'un gros arbre derrière lequel je pourrai me cacher. Une fois là, je ne suis plus qu'à une trentaine de mètres. Je n'ai pas le souvenir d'avoir déjà autant approché un vautour, exception faite de ceux qui voulurent bien passer en vol.

Je m'assied, le grand rapace ne bronche pas. Je sais qu'il va finir

par se réveiller, alors je reste immobile et j'attends. Au bout de quelques dizaines de minutes le moment vient enfin pour lui de sortir la tête du trou. Il me voit, c'est certain, mais comme je ne bouge pas il ne s'envole pas. J'assiste alors à sa toilette, à ses étirements. Il scrute longuement le paysage, peu soucieux de ma présence, et s'envole enfin.

 

 

 

 

 

 

 

 

Particulièrement satisfait d'avoir quitté le chemin je continue ma route, la tête un peu dans le vague, avant que mon regard ne soit attiré par un bouquet de deux pieds d'orchidées. Je les reconnais aisément pour les avoir beaucoup vues dans le Vercors, ce sont des Orchis de provence.

"Tiens, me dis-je, il ne me semble pas qu'elle soit courante en Aquitaine". Je fais quelques clichés avant de rentrer. Aussitôt à la voiture je jette un oeil dans mon bouquin. Orchis provincialis n'avais jamais été mentionnée en Aquitaine... Et bah ça alors...

 

 

La vallée des Aldudes est une espèce d'excroissance française en territoire espagnol. Il y reste encore bien des choses à découvrir et à observer, et je compte bien y retourner...

Un grand merci à Sophie Maillant pour son éternelle relecture!!

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