Le coureur des océans - Pointe de l'Aiguillon (85) - novembre 2009

J'étais debout parmi les premiers. Les rafales se succédaient sans relâche dehors, alors que la nuit commençait d'achever son oeuvre. J'étais fatigué et j'avais fait des effort considérables pour me lever afin d'être sur le lieu du comptage, à la pointe de l'Aiguillon, avant le levé du soleil. De plus j'avais, la veille, sans cesse repoussé mon réveil, si bien que debout à 10h00, j'avais loupé quelques observations, ce que je me refusais tout à plein ce jour-là. Nous étions le 28 novembre, le camp de migration touchait à sa fin, et c'étaient là les derniers instants à partager avec tout ce beau monde autour de notre passion commune: l'ornithologie.

Depuis deux jours c'était la tempête, et nous nous rendions à la pointe par acquis de conscience plus que pour voir des oiseaux, bien certains qu'aucun d'entre eux n'oserait migrer par une telle météo. Prenant pourtant la route sous les bourrasques, sous la grisaille d'un ciel trop couvert, aux côtés des plus courageux, je prenais enfin place sur la plage et commençais à observer. La mer était bien formée, le vent d'Ouest semblait plus fort que jamais. Survol d'un Plongeon imbrin

Nous guettions le large, là où les surprises, s'il y avait, surviendraient. Très rapidement les premiers oiseaux se montrèrent. Un plongeon imbrin traversa le ciel, un vraissemblable puffin passa brièvement dans mes jumelles, trop vite absorbé par les vagues, disparaissant, et enfin l'océanite entra en scène. 

Il était au bout de la pointe, sur la ligne d'écume que les sombres vagues laissaient derrière elles en se retirant de la plage. Il venait vers nous... Au cri de celle qui le vit en premier, et dans la voix de qui on sentait déjà quelque émotion, l'adrénaline se répandit dans tout mon corps.

Les ailes tenues hautes, le frêle oiseau pédalait dans l'air, posant parfois une patte au sol, avancant si lentement!

Marine, Erwann et moi-même, mûs sans doute par la même excitation, nous précipitâmes sur le bord de l'océan, au devant de l'oiseau, qui ne manquerait pas de nous rejoindre s'il continuait sa trajectoire. J'allumais mon appareil photo, zoomais. Il était à une cinqiuantaine de mètres et il s'approchait encore... Droit sur nous... 

Le coureur des océans en pleine démonstration La pluie qui battait dans notre dos ne comptait plus. Le bruit du vent dans nos oreilles, le fracas des vagues qui s'échouaient presque contre nous, plus rien de tout cela n'avait d'importance, et le contraste de tant de vacarme et de mouvement avec le petit oiseau qui se déplacait si doucement était si saisissant que c'en était fabuleux à observer. C'était comme s'il n'était pas concerné par la tempête qui faisait rage. Océanite culblanc

Erwann était carrément allongé sur le sable, à ma droite, Marine à ma gauche, et l'océanite s'approcha, passa à un mètre d'Erwann, exactement comme si nous n'existions pas, et continua sa route. Après quelques images, je lachais l'appareil, recommençais à respirer, et continuais de suivre des yeux l'oiseau qui déjà s'éloignait. Je regardais Erwann, puis Marine. Un sourire complice illuminait chacun de leur visage. 

L'océanite culblanc est, comme ses cousines, un oiseau pélagique. C'est à dire qu'il vit en pleine mer, ne rejoignant les côtes que pour nicher. Ce n'est qu'à l'occasion des tempêtes qu'ils rencontrent lors de leurs migrations qu'ils sont rabattus sur nos côtes. Et au cours de ces quelques jours de fin novembre, ce sont des dizaines d'individus que nous pûmes observer sur les rivages de la Vendée. Hélas, si pour les observateurs de telles rencontres sont de celles dont on rêves, les oiseaux leur payent un lourd tribut. Au lendemain de la tempête, sur les deux km de plage qui séparaient la pointe du camping, 22 cadavres furent ramassés...

L'équipe du camp de migration sur la digue, dans l'atente des océanites

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