Orchidée qui es-tu?

 Avec près de 160 espèces en France, les orchidées représentent une famille de fleurs particulièrement appréciée. Elles sont parmi les plus belles ambassadrices du règne végétal et il devient, à travers elles, plus aisé de sensibiliser le monde aux besoins pressants de protection de l’environnement.

Reconnaître une orchidée

A quoi sert une fleur !

Oui, c’est vrai ça, à quoi sert une fleur ? Certes nous ne manquons pas de nous réjouir d’en trouver d’autant de couleurs et aux parfums si agréables, mais ne doutons pas qu’elles ne sont pas là que pour notre bon plaisir.

La fleur est un leurre, un appât.

-          Un appât dites-vous ? Et pour qui, et pour quoi faire ?

-          Attendez de grâce, n’allez pas si vite ! !  Commençons, voulez-vous, par en récapituler le contenu.

Au cœur des fleurs se trouvent deux éléments essentiels qui servent la pérennité des plantes : les organes reproducteurs. De même que chez les animaux, on trouve les organes mâles, les étamines, et les organes femelles, le pistil.

organes reproducteurs des fleurs

On appelle gamètes le pollen chez le mâle et l’ovule chez la femelle, les deux cellules qui vont fusionner pour donner une graine capable de donner naissance à un nouvel individu.

La rencontre de ces gamètes est donc la clef de la reproduction.

Beaucoup de fleurs possèdent en leur sein à la fois les étamines et le pistil, mais il est plus profitable de les associer à ceux d’autres individus pour favoriser le brassage génétique et éviter la « consanguinité ». Chez d’autres plantes il existe des fleurs entièrement mâles et d’autres entièrement femelles. Il devient alors évident qu’il faut trouver un moyen efficace de les faire se rencontrer. Longtemps dans l’histoire des plante il a manqué ce moyen, laissant faire le vent, le hasard et la chance, jusqu’à l’apparition de la fleur.

Voilà l’idée : on se fabrique de toute pièce, à partir de feuille que l’on transforme, de jolies parures. Parfois on y associe de bonnes odeurs, un peu de nectar pour la récompense, et on attire ainsi un monde absolument différent et pourtant essentiel : le monde des insectes.

La fleur a ce rôle magnifique de les attirer afin de les charger du pollen qu’ils iront déposer dans les fleurs voisines.

L’apparition de la fleur fut une révolution dans le règne végétal qui marqua la naissance des angiospermes.

Très vite en leur sein apparurent deux groupes que l’on appelle les Monocotyledones et les dicotyledones. Mon but ici étant d’apprendre à reconnaître et identifier les orchidées et non de tout savoir sur le règne végétal, oublions, voulez-vous, de rentrer trop avant dans les détails. Si j’en parle cependant c’est parce que la disposition des nervures des feuilles renseigne l’appartenance à l’un de ces deux groupes. Ainsi les feuilles des Monocotyledones ont-elles les nervures parallèles tandis que les feuilles des dicotyledones les ont ramifiées. Voyez-vous ?

Les orchidées appartiennent aux monocotyledones, comme en témoignent leurs feuilles. Une seule espèce en France cependant, l’exception qui confirme la règle, possède des feuilles aux nervures ramifiées. C’est la goodyère rampante, que l’on ne rencontre que dans les zones ombragées des forêts d’altitudes.

 

Goodyera repens

Alors donc voilà notre premier indice pour reconnaître une orchidée. Cependant les monocotyledones sont nombreuses. Observons alors ce qui nous intéresse d’ailleurs davantage que les feuilles, à savoir les fleurs. Faites un tour d’horizon de celles que vous voyez autour de vous. Vous en verrez de deux types, qui se distinguent par leur symétrie. En effet certaines, à l’image des marguerites, ont une symétrie axiale. On parle de fleurs actinomorphes. Les autres, comme la menthe, ont une symétrie bilatérale. On parle alors de fleurs zigomorphes.

 

symetrie de la gentiane symétrie de la dent de chien

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les orchidées, elles, sont zygomorphes, elles ont une symétrie bilatérale.

l'aconit n'est pas une orchidée mais est zygomorphe symétrie d'une orchidée

 

 

 

 

 

 


Avec ces deux indices on élimine déjà une grande partie de la flore, mais il reste encore quelques plantes qui peuvent parfois être prises pour des orchidées. Seulement voilà, il n’existe chez ces dernières que trois sépales et trois pétales.

Les sépales, ce sont ces sortes de petites feuilles qui protègent la fleur quand elle est en bouton. Chez nombre de plantes ils sont verts et insignifiants une fois la fleur éclose.

Sépales chez une campanule

Chez les orchidées ils sont souvent bien développés, colorés et semblables aux pétales. Dans ce cas on parle pour l’ensemble des pétales et des sépales de tépales.

Une dernière chose enfin pour être certain d’avoir affaire à une orchidée : l’existence du labelle. Parmi les trois pétales, un en particulier, souvent dirigé vers le bas, est particulièrement développé. C’est le labelle, et il sert de piste d’atterrissage aux insectes.

Ophrys insectifera Orchis militaris

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Epipactis helleborine Ophrys pseudoscolopax

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Avec ça nous voilà fin prêts pour aller à la recherche des orchidées. Mais si l’on veut aller plus loin et déterminer chaque espèce rencontrée, l’affaire est loin d’être conclue. Il en existe dans le monde plus de 25000 espèces, et pour la France près de 160. Et encore certaines d’entre elles sont si semblables que les auteurs sont très loin d’être d’accord sur le statut de chacune d’elles.

Il existe 27 genres dans notre pays qui se distinguent par plusieurs critères anatomiques, mais cet article n’a point pour but d’en établir une clé. J’invite vivement le lecteur à se référer pour cela à la littérature spécialisée. Pour l’instant nous allons plutôt tacher d’en apprendre plus sur cette grande famille…

 

Pour pouvoir pousser

Les graines d’orchidée sont tout à fait minuscules. Elles sont libérées par milliers et dispersées essentiellement par le vent, ce que permet leur grande légèreté. Mais cette petitesse est due à l’absence de réserves, et quand la graine tombe au sol, elle ne germera que si certaines conditions sont réunies. Il faut entre autre que soient présents dans le sol des champignons appelés mycorhizes, qui ne sont pas toujours les mêmes selon l’espèce d’orchidée. Ces champignons vont s’insinuer dans la graine, mais cette dernière inversera le processus en cours de route et exploitera à son tour le champignon, utilisant ses réserves pour pousser. Les mycorhizes sont en fait présents dans la quasi totalité des plantes et vivent avec elles en symbiose, mais aucune n’a cette relation qu’entretiennent avec elles les orchidées. Les conditions sont parfois si précises que le sabot de Vénus par exemple, ne pousse en général que 15 à 20 ans après que la graine soit tombée au sol.

Une fois qu’elle a poussé, l’orchidée pourra vivre plusieurs années grâce à un système racinaire qui résistera à l’hiver sous la terre. On parle de plante cryptophyte. Ce système racinaire diffère selon les genres. Celui du genre Orchis est un tubercule rond qui accumule les réserves pour l’année suivantes. On trouve alors le tubercule jeune et celui de l’année passée accolés. C’est cette particularité qui donna son nom aux orchidées venant du grec orchis et signifiant… testicules. Poétique non ?

Celui de la néottie nid d’oiseau, qui lui a donné son nom, est un entrelacs de fines racines lui donnant l’aspect d’un nid.

Neottia nidus-avis

Chaque fin de saison donc, la hampe florale sèche et souvent disparaît, brisée par l’hiver. Une nouvelle issue des réserves accumulées resurgit l’année suivante.

Hampe florale de Coeloglossum viride

Attirer les insectes

Les orchidées ont colonisé beaucoup de milieux différents. Humides, secs, acides, basiques, de la pleine lumière aux recoins ombrageux des forêts, et des bords de mer aux pelouses d’altitude. Aussi dans tous ces milieux on ne rencontre pas les mêmes insectes, et les adaptations des orchidées pour les attirer se sont multipliées.

Le pollen, chez la plupart des orchidées, se compose de deux massues placées chacune au bout d’une tige dont l’extrémité est collante. Ces petits appareils sont cachés dans la fleur. Quand un insecte se pose, les parties collantes se fichent sur lui et il repart avec.

Pour les amener à se poser sur elles, certaines espèces, comme la nigritelle embaument l’air d’un entêtant parfum de vanille et de chocolat extrêmement agréable.

Gymnadenia corneliana

Cette odeur émane du nectar, un sirop sucré contenu au fond de l’éperon. L’éperon est une excroissance du labelle, un tube destiné à contenir ce nectar. Il est une récompense. Les insectes, pour s’en délecter, se posent sur la fleur et mettent le « nez » dans le fond pour boire. Lorsqu’ils se reposeront sur une autre fleur, les massues polliniques dressées sur la tête, ils ne manqueront pas de les frotter au stigmate, assurant la pollinisation.

L’éperon du platanthère par exemple, qui peut mesurer près de 5 cm, ne pourra pas attirer n’importe quel insecte. Il n’y a que les papillons pour pouvoir y glisser leur longue trompe. Ils sont les seuls à polliniser ces espèces.

Eperon chez Platanthera chloranta

 

A l’inverse l’homme pendu qui produit aussi du nectar possède un éperon insignifiant. Elle sera pollinisée par une plus grande diversité d’espèces.

Orchis anthropophora

-          Pardonnez mon intrusion, mais puis-je poser question ?

-          Bien sûr cher lecteur, faîtes donc !

-          Quel est l’intérêt de sélectionner autant le pollinisateur ? J’imagine que plus ils sont nombreux plus on a de chances de se reproduire ?

-          C’est très bien remarqué. Cependant si on a plus de chances d’être visité par un insecte, on a en revanche moins de chance que ce dernier visite ensuite une fleur de la même espèce. Les deux méthodes doivent avoir leur intérêt puisqu’elles existent toutes les deux. La nature aime tester toutes les possibilités !

Ces espèces nectarifères que l’on vient de voir misent sur leur récompense autant que sur leurs belles parures pour attirer les insectes. Certaines en revanche, comme la listère à feuille ovales, qui vit plutôt dans les sous-bois, sera pollinisée par de petites mouches. Ces dernières étant peu sensibles aux couleurs, la fleur n’aura guère besoin de dépenser inutilement de l’énergie à soigner son allure. C’est pourquoi elle est toute verte et ne passe souvent pas pour une orchidée.

 

Listera ovata

D’autres espèces encore ont choisi de feinté. Elles arborent de splendides couleurs, vont même jusqu’à présenter un éperon… mais il est vide. Elles simulent les fleurs à nectar, les insectes se posent, visitent, ne trouvent rien et repartent… mais le pollen est déjà coller. C’est le cas des dactylorhizes ou de quelques orchis dont l’éperon levé, en fait, ne permet évidemment pas la présence de nectar.

  Orchis provincialis Dactylorhiza incarnata

 

 

 

 

 

 

 

 

Mais sans doute le genre d’orchidées le plus étonnant est le genre Ophrys, pour lequel le nom des espèces est souvent équivoque : ophrys bourdon, ophrys abeille, araignée, mouche…

Celles-là n’ont pas d’éperon car elles ne fournissent aucune récompense aux insectes pollinisateurs. Elles développent en revanche un labelle étonnant qui reprend les formes et les couleurs de certaines espèces d’insectes. Associé aux pétales et aux sépales, qui peuvent être colorés ou non, on a l’impression de voir un insecte posé sur une plante. Certaines vont même jusqu’à dégager des phéromones proches de celles de certaines femelles d’hexapodes ! Les mâles, croyant pouvoir s’accoupler, se posent sur la fleur, et le temps de se rendre compte de la ruse, il a déjà sur la tête le pollen collé. Oubliant vite son erreur il recommencera sur une fleur voisine en y déposant le pollen. La simulation de ces fleurs témoigne d’une adaptation surprenante et d’une très forte spécialisation. Certains ophrys n’étant pollinisées que par une seule ou deux espèces d’insectes. Une telle adaptation  peut rendre la reproduction très efficace, mais les rend aussi extrêmement vulnérables si elles ne dépendent que d’elles pour leur survie.

Ophrys fuciflora Ophrys aranifera

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’ophrys abeille, elle, a trouvé le moyen de pallier le manque éventuel de pollinisateur. Les sacs polliniques étant dressés au-dessus du stigmate, il y a peu à faire pour les mettre en contact. Si aucun insecte ne viens après la floraison, les massues vont sécher et, se faisant, se rétracter et se courber, jusqu’à déposer le pollen au fond de la fleur.

On parle d’autofécondation.

autopollinisation chez Ophrys apifera

D’autres orchidées sont spécialistes de l’auto fécondation, qui est même parfois la règle absolue. La fleur a donc perdu son rôle initial et ne sert plus que la reproduction sans interaction avec les insectes. C’est le cas par exemple du céphalanthère de Damas.

Cephalanthera damasonium

Enfin on ne peut pas quitter les orchidées sans passer par celle qui figure sans doute parmi les plus belles fleurs de la flore française. Elle est la quintessence de la beauté florale. Le sabot de Vénus est le rêve de tous les naturalistes.

Pourtant pour quelques détails anatomiques elle a été séparée de la famille des orchidées pour figurer parmi une nouvelle famille, celle des cypripediacées, dont elle est d’ailleurs la seule représentante en France.

Cependant proche parente des orchidées elle continue d’être traitée avec, ce que je ne saurais manquer de faire.

Le labelle du sabot de Vénus forme une sorte de récipient d’un beau jaune qui, là encore, sert de piste d’atterrissage aux insectes. Ceux-là sont attirés par une douce fragrance, mais une fois à l’intérieur, ne sachant bien souvent pas faire l’hélicoptère, ils ne seront pas capables de sortir par là où ils sont rentrés.

N’oublions pas que la fleur a besoin de ces insectes et n’a aucun intérêt à les voir mourir là. C’est pourquoi le sépale du haut, par temps de pluie, se referme sur le labelle pour empêcher l’eau de rentrer, et c’est pourquoi il existe une autre issue.

Ecoutez-bien : la paroi au fond du labelle est plus fine, laissant passer plus de lumière. Cela fait office de fenêtres qui vont attirer les insectes. Des lignes pointillées rouges feront aussi cet office. Ainsi guidé, l’hexapode est amené à traverser un petit conduit étroit à travers lequel il ne manquera pas de se coller le pollen. C’est là aussi qu’il se frottera au stigmate, fécondant la fleur s’il a déjà traversé un sabot de Vénus précédemment…

Derrière le tunnel se trouve la sortie, et le voilà libéré…

 

Le chemin parcouru par les insectes dans le sabot de Vénus

Cypripedium calceolus Cypripedium calceolus

 

 

 

Discussion

Les orchidées sont souvent la source d’un émerveillement fort et étonnant, si bien qu’on rencontre d’une part les orchidophiles, sans parler des horticulteurs, qui ne jurent en botanique que par l’orchidée, et d’autre part ceux qui ne comprennent pas qu’on ne s’intéresse qu’à une famille de fleurs au détriment des autres.

On ne peux nier que nombre de plantes ont développer des adaptations merveilleuses et qu’il est dommage de fermer les yeux dessus sous prétexte qu’elles ne sont pas des orchidées. Pourtant cette famille a bel et bien quelque chose d’hors norme. Leurs formes et leurs couleurs en font de fabuleuses fleurs, et plantée au milieu de la pelouse, elle attire l’œil plus qu’aucune autre sans qu’on sache vraiment pourquoi.

Si elles ne méritent pas forcément plus d’intérêt que d’autres, leur pouvoir de séduction pour l’homme est indéniablement puissant et fait d’elles d’excellents ambassadeurs de la biodiversité.

En somme elles sont une porte d’entrée vers le monde complexe de la nature…

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