La Plume partie 1: L'expression du vol

Parlons du vol, voulez-vous ? Qui dit vol pense aux oiseaux. Ou ce sont du moins ceux qui nous viennent de prime à l’esprit. Mais un bref instant de réflexion et hop ! Apparaissent en mémoire les papillons, une foule d’autres insectes, les chauves-souris, quelques poissons…
L’espace aérien est un univers un peu à part qui impose ses propres contraintes et nombreux sont les animaux qui se le sont approprié. Cependant les oiseaux l’ont dompté comme aucun autre.
L’épervier qui slalome entre les vieux arbres d’une forêt dense, le martinet qui pousse l’acrobatie au plus haut degré de performance ou les grands migrateurs qui survolent terre et mer à des hauteurs extravagantes partagent entre eux un outil fabuleusement ingénieux que les autres animaux ne possèdent pas : la plume.

Je sais, cher lecteur, combien il te tarde, et à dire le vrai à moi aussi, d’enfiler tes chaussures pour aller voir dehors ce qu’il en est. Mais plaise à toi de m’accorder d’abord une brève introduction avant de mettre le nez dehors, et qui aura pour but de nous en apprendre un peu plus sur les origines de la plume.

I/ Précis de l’histoire évolutive de l’oiseau

Théorie aujourd’hui quasi unanimement admise, la sélection naturelle, mise en évidence par Charles Darwin dans son traité ‘De l’origine des espèces’, paru en 1859, a largement contribuée à la compréhension de la diversité biologique qui peuple aujourd’hui notre planète. C’est à force d’observations, de réflexion et d’un peu de chance que le savant naturaliste à défini ce que chaque être vivant subissait sans le savoir : la pression de son environnement.

Le nom d’Archaeoptérix n’est inconnu de personne. C’est là que je fais le choix de commencer mon histoire. En 1860, soit juste après la parution de l’œuvre de Darwin, une plume fossilisée est découverte dans les calcaires de Bavière, datant du jurassique supérieur, il y a 140 millions d’années. Rapidement on découvre d’autres fossiles, d’animaux entiers ou presque, présentant un curieux mélange de caractères reptiliens (notamment dentition, longue queue articulée en 22 ou 23 vertèbres) et aviens (notamment présence de plumes différenciées, soudure en fourchette des clavicules) : cette trouvaille vint à point étayer la théorie de la sélection naturelle.
A l'heure actuelle, la place d’Archaeoptérix dans la généalogie des oiseaux n’est pas encore très claire. Pourtant la communauté scientifique s’accorde pour dire qu’il n’est pas l’ancêtre des oiseaux mais une branche secondaire apparue au moment où la différenciation des espèces leur donnait naissance. Des oiseaux il en existe désormais près de 9000 espèces… 

Position des oiseaux dans l'évolution des vertébrésOn ignore le type exact de pression sélective qui a mené à leur création. Certains s'accordent pour dire que les plumes servaient d’abord de filet pour capturer plus aisément les insectes. Mais l’hypothèse la plus évidente et la plus couramment admise serait qu’elles eussent permis à leurs détenteurs de fuir beaucoup plus facilement devant les prédateurs. Par voie de conséquence, les individus ne possédant pas de plumes moururent plus largement et les populations qu’une puis plusieurs mutations avaient pourvues de plumes purent croître et se multiplier, dispersant les gènes responsables par voie héréditaire.
La faculté de voler eut d’autres avantages non négligeables : elle permit très rapidement de coloniser une infinité de territoires sous toutes les latitudes. Les contraintes de chaque milieu nouvellement ‘acquis’ – influences climatiques, altitude, nature géologique - avaient déjà établi une faune et une flore particulière auxquelles les oiseaux se sont adaptés, fournissant la nature de la si belle diversité avifaunistique que nous lui connaissons aujourd’hui.
Mais recentrons-nous désormais sur le sujet qui nous intéresse. Nous verrons ainsi dans les prochains chapitres la nature de la plume et sa structure, et la façon dont les oiseaux en usent pour voler.

II/ La plume par l’oiseau : une architecture idéale
A/ Structure
Le règne animal a su créer une multitude d’éléments pour répondre aux besoins de chaque espèce face à l’environnement extérieur. La plume est née de l’adaptation des phanères, productions épidermiques de kératine qui donnent aussi bien les écailles des poissons que celles des reptiles, que les poils de mammifères ou leurs griffes.
Elle naît donc de l’épiderme, au sein duquel un follicule primaire, où se trouvent des cellules spécialisées dans la production de plumes, va la créer. Sa formation commence par la croissance très rapide de cellules dites germinatives, qui vont former un tube qui va sortir du follicule. A ce stade les cellules continuent leur croissance et se rangent en rang autour d’un axe qui sera le rachis. Le tube commence alors à s’ouvrir et la plume apparaît. On dit qu’elle est en fourreau. 

jeunes plumes de pie encore enfermée à la base dans le fourreau

Au bout de quelques jours le tube disparaît et la plume s’étale, elle est terminée.  
On détermine très facilement le dessus du dessous, le premier étant généralement convexe et l’autre concave. On peut aussi se référer au sillon qui parcourt tout le rachis, la tige de la plume. Cette entaille, qui se situe toujours sur le dessous, est une cicatrice formée lors de la formation de la plume.

Une fois achevée, la plume est un élément mort. Elle a acquit une configuration qui lui offre souplesse et rigidité simultanément.
Son architecture se définit autour d’une tige constituée d’une partie supérieure, le rachis, et d’une partie inférieure, le calamus. Ce dernier est creux et permet ainsi un maximum de légèreté. Les poils qui se développent sur le rachis sont appelés barbes. Ils sont parallèles d’un coté et de l’autre, et forment l’étendard. Celui-ci se divise en deux parties : le vexille interne, plus large, tourné vers l'axe central du corps, et le vexille externe, tourné vers l’extrérieur du corps.
Les barbes sont solidaires entre elles grâce aux barbules, ramifications des barbes. Les barbules dirigées vers la base de la plume sont dites lisses et sont munies de légères saillies. Celles dirigées vers le bout de la plume sont dites à crochets. Elles viennent donc crocheter les saillies des barbules lisses des barbes supérieures. Cette structure permet à la fois une rigidité exemplaire et une souplesse idéale pour s’appuyer sur l’air. 

schema d'une plume

Mais l’exercice du vol n’est pas sans conséquences. Les contraintes exercées sur les plumes sont telles qu’elles s’usent très vite. Il faut alors les changer, c’est la mue.
Elle concerne toutes les plumes. Cette mue dépend de deux facteurs qui vont déterminer la période où elle va s’effectuer. D’une part les oiseaux doivent assurer une reproduction optimale et d’autre part ils doivent conserver la faculté de voler pour la migration. Il n’y a donc qu’un seul moment propice à cet événement : entre la période de nidification et les premiers départs postnuptiaux.

Note de Cloé Fraigneau: "Tous les oiseaux ne migrent pas. Le principal facteur est la reproduction qui abime les plumes (va et vient incessant, frottement dans les environs du nid, fientes, etc). Il faut les changer après. Sous nos latitudes, après la reproduction viennent l’été et l’automne, riches en fruits notamment, et permettant aux oiseaux de s’engraisser et/ou de produire des protéines. Surtout, les adultes n’ont plus la charge de leurs jeunes et tout ce qu’ils consomment est pour leur métabolisme. L’hiver ou la migration nécessite un plumage en parfait état, et donc une mue avant. Sous les tropiques, les reproductions interviennent à différents moments selon les espèces (liées ou non aux saisons sèches et des pluies), mais la mue arrive (pour les cas dont j’ai eu l’écho) après la reproduction.

A cela vient s’ajouter la migration, qui peut interrompre ou décaler la mue."

Cependant les migrateurs transsahariens peuvent interrompre leur mue commencée avant la migration et la finir sur leur quartier d’hivernage, alors que les oiseaux hivernant dans les pays plus nordiques ne muent pas en hiver afin de ne pas trop s’exposer au froid, mais avant afin d'avoir un plumage performant.
De même selon la taille de l’oiseau, la mue va se faire à un rythme différent. Ainsi les passereaux renouvellent leur plumage au moins une fois par an, alors que les vautours ou les albatros mettent trois ans pour renouveler l’ensemble du plumage. Il s’agit de deux stratégies liées au fait qu’une plume de passereau, beaucoup plus petite, demande moins d’énergie et de temps pour se former qu’une plume de 40 cm !
Une autre stratégie est celle des canards et des oies, dont toutes les plumes de vol tombent en même temps. Pendant toute cette période ils sont dans l’incapacité de voler. Les mâles de canards, aux couleurs plutôt attirantes, muent alors en un plumage terne proche de celui des femelles dit plumage d’éclipse. Ils sont alors moins repérables par les prédateurs. Cette mue d’éclipse s’effectuant en été, il faut songer alors que tous les canards observés ne sont pas forcément des femelles.

Bref, tu comprendras, cher lecteur, que finalement, il existe presque autant de stratégies de mue qu'il existe d'espèces d'oiseaux...

B/ Topographie : la plume sur l’oiseau
Chacune à leur place, les plumes donnent à l’oiseau sa forme et lui offrent, entre autres, sa capacité à s’élever dans les airs. Leurs tailles, leurs formes, leurs couleurs, varient considérablement et même parmi des espèces parfois aussi cousines que le pic vert et le pic épeiche, on peut d’un coup d’œil les différencier grâce au plumage. Cependant la nature a dicté des règles à respecter, et pour voler on ne peut pas se permettre d’imaginer n’importe quoi. Elle a donc doté tous les oiseaux d’une organisation commune et on peut aisément, avec un peu d’expérience, déterminer la nature et la position de la plume sur l’oiseau.
Les plus importantes sont les plumes dites de contour. Ce sont elles qui vont donner à l’animal sa forme et sa couleur. On y trouve trois catégories : Les rémiges pour le vol, les rectrices pour la navigation et les tectrices pour protéger le corps et l’isoler. 

Position des principales plumes sur un oiseau

Et maintenant cher lecteur, puisque tu as eu le courage d’arriver jusque là, c’est le moment d’aller récolter les plumes dans la nature. Car avec un peu d’attention nous ne pouvons manquer d’en croiser quelques-unes, surtout l'été et l'automne, pour les raisons qu'on a vu précédemment.

1/ Les rémiges
De même origine que les nôtres, les membres antérieurs des oiseaux se composent d’une main, d’un avant-bras et d’un bras. A chacune de ces parties correspond une sorte de plume : respectivement les rémiges primaires, secondaires et tertiaires, aux caractéristiques propres.
- Les rémiges primaires, au nombre de 10 à 12 selon les espèces, sont généralement droites et pointues. Elles donnent cet aspect de main si visible aux grands planeurs tels les aigles ou les vautours. Dans ce cas on parle d’aile digitée, mot dans lequel on retrouve la racine étymologique de digitale, doigt. Mais ce sont aussi ces mêmes rémiges qui donnent la forme de pointe aux ailes des faucons ou des martinets. Tout est une question de disposition les unes par rapport aux autres. Dans tous les cas elles servent à la propulsion.
Les rémiges primaires ont les deux vexilles très disproportionnés. Ce sont les plumes les plus en avant de l’aile et ce sont celles qui subiront le plus de contraintes vis-à-vis de la pénétration dans l’air lors du vol. C’est pourquoi le vexille externe est toujours très étroit et plus épais que le vexille interne. Parfois sur ce vexille on observe une émargination, une brusque coupure dans sa largeur. Parfois on l'observe sur le vexille interne. On parle alors d’échancrure.

émargination et échancrure sur une rémige primaire de héron cendré

Dans les deux cas le but est le même : Lorsque l’oiseau vole, l’air circule à grande vitesse sur le plumage et des turbulences sont créées au niveau de la digitation de l’aile  à cause des espaces libres entre les rémiges. Les émarginations et les échancrures permettent de réduire notablement ces espaces sans pour autant avoir à resserrer les plumes ou même à en avoir besoin d’autres. Car qui dit plumes en plus dit poids en plus et dépenses supplémentaires d’énergies. C’est donc une configuration offrant le meilleur compromis entre le nombre de plumes et la surface alaire qu’elles offrent. 

Aile de gauche sans émargination, aile de droite avec. Dans ce cas l'espace entre les rémiges est réduit

- Les rémiges secondaires, souvent autour d’une dizaine mais pouvant aller jusqu’à 25 et plus chez les grands oiseaux, sont généralement courbées et carrées.
Elles se superposent sur le bras de l’oiseau et participent largement à la superficie de la surface alaire. Elles sont aussi plus larges que les primaires. En effet, disposées dans l’axe de déplacement de l’oiseau, elles déterminent le bord de fuite de l’aile. Les contraintes qu’elles subissent sont moindres, elles servent à la sustentation.

- Les rémiges tertiaires sont, elles, souvent au nombre d’une douzaine. Elles complètent les rémiges secondaires au niveau du bras et participent avec elles à la surface alaire.

2/ Les rectrices
Les oiseaux n’ont pas de queue articulée comme la plupart des animaux. Leurs vertèbres caudales se sont considérablement atrophiées et soudées pour former le pygostyle. C’est là que s’insèrent les rectrices, plumes de la queue, qui sert de gouvernail. Leur forme, en général, possède des caractères de rémiges primaires et secondaires : elles sont droites à extrémité carrée. Mais selon le mode de vie des différents oiseaux, la gouverne est plus ou moins utile. Aussi la nature a eu plus de liberté quant à la forme des rectrices, à l’instar de celles du tétras lyre, dont la forme, qui a donné son nom à l’animal, est devenue un attribut viril utilisé lors de la parade nuptiale. Les pics et les grimpereaux aussi se distinguent par l’originalité de leurs rectrices : leur anatomie en général en fait déjà des oiseaux extrêmement bien adaptés à leur mode de vie de grimpeur et la queue sert, une fois l’oiseau posé, de troisième appui sur les troncs d’arbre, en plus de leurs deux robustes pattes. Pour cela elles sont très pointues et très concentrés en kératine, qui les rend d’une extrême rigidité.

rectrices de pic vert. Leur fonction de support implique une forme pointue
        
3/ Les tectrices
Enfin les tectrices sont toutes les autres plumes visibles qui recouvrent l’oiseau. Souvent petites, souples, très duveteuses, elles n’ont pas la rigidité des autres plumes de contour, leurs barbes étant souvent libres. Elles cumulent des rôles très divers, servant naturellement à l’isolation thermique, elles forment aussi une couche de protection contre les agressions extérieures, elles permettent un aérodynamisme optimal en vol, l’air glissant dessus, et naturellement, leur coloration fait d’elles un outil de communication idéal. Mais cela cher lecteur, je te promets de t’en parler une autre fois.
Enfin la famille des gallinacés - tétras, perdrix et autres cailles – présente une particularité anatomique sur ses tectrices qui les rendent très aisées à l’identification. Elles ont un rachis secondaire plus petit qui pousse sur le calamus, de sorte que les plumes semblent doubles. 

 

 

Tectrice de faisan faisant apparaître le rachis secondaire

Mais les plumes de contour ne sont pas les seules de l’oiseau. Plus petites et mêlées aux tectrices, on trouve aussi les filoplumes, petites touffes duveteuses au bout d’un long et fin rachis, et les duvets, ressemblant aux tectrices mais beaucoup plus petits et toujours noirs, gris ou blancs. Enfin certains oiseaux comme les engoulevents, qui ont des mœurs crépusculaires, ont autour de la bouche des vibrisses, genres de longs poils formant un filet. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir une grande bouche (son nom vient du fait qu’il semble avaler le vent) mais cet artifice supplémentaire permettrait de capturer davantage d’insectes dont il se nourrit. 

 

Plumes de contour typiques

 

 

III/ Et l’oiseau prend son envol…

Il est amusant de constater à quel point l’oiseau, par sa grâce et la liberté qu’il a inspirée aux hommes, a pu donner naissance à tant d’expressions si familières à notre langage. Ainsi prendre son indépendance se dit «prendre son envol », «donner des ailes » signifie donner de l’assurance, «voler de ses propres ailes » se débrouiller seul, «rogner les ailes » brimer quelqu’un et «avoir un coup dans l’aile » être soûl. Loin de se soucier de toutes ces analogies. L’oiseau poursuit son vol, et nous allons tâcher de voir par quels tours de passe-passe…
En réalité c’est très simple. L’aile d’un oiseau, tout comme celle d’un avion, est de forme concave dessous et convexe dessus. En fendant l’air, les courants qui passent dessus sont amenés à circuler plus rapidement que dessous. Ils y chassent la pression, qui devient alors supérieure sous l’aile, la poussant vers le haut.
Il est vrai que certains oiseaux, une quarantaine d’espèces seulement, ont perdu au cours de leur évolution la capacité de voler. Manchots, autruches, dodo, kiwis et j’en passe. Leur lointaine ascendance, on l’a vu, a pu coloniser un nombre considérable de territoires. En y arrivant certaines espèces ont trouvé un havre sans prédateurs. Illustrant la théorie de Darwin, ces oiseaux, n’ayant plus l’utilité de voler, ont peu à peu perdu cette faculté. Pour les autres, où la compétition est restée rude, les techniques de vol se sont multipliées.

Le vol répond à des exigences physiques qu’il est nécessaire de maîtriser. Naturellement celle qui nous intéresse ici est la gravité, directement liée à la masse de l’oiseau, d’où l’obligation d’être le plus léger possible. Il faut ensuite reporter cette masse à la surface alaire, qui est la surface portante des ailes. On calcule ainsi la charge alaire, en g/cm². Plus ce résultat est faible et plus il sera facile à l’oiseau de se maintenir en vol. Ainsi la charge alaire du cygne tuberculé, que l’on voit tant peiner au décollage, est-elle de 1,7 g/cm² quand celle de l’aigle royal est de 0,71 g/cm² et celle du merle noir de 0,29 g/cm². C'est peu n'est-ce pas?

Les anatidés - cygnes, canards, oies - ont tous une masse importante comparée à leur surface alaire, ce qui explique leur difficulté à l’envol, où ils doivent, pour certains, courir sur l’eau. De cette morphologie découlent deux adaptations de la plume qui permettent d’ailleurs de déterminer rapidement si elles y appartiennent. D’une part les rémiges, par la charge qu’elles ont à supporter, doivent être ancrées profondément dans la peau de l’oiseau. Ainsi le calamus représente-t-il environ un tiers de la longueur de la plume. D’autre part les barbes des rémiges primaires sont plus solides. A leur base elles ne se présentent pas sous forme de «poils » mais sont aplaties et disposées dans un plan perpendiculaire à celui de la plume. Cette zone, plus épaisse et donc plus résistante, est brillante. Elle est appelée tegmen. Mais attention, une zone ressemblant au tegmen se retrouve aussi chez d’autres familles comme les goélands ! 

Rémige primaire de bernache du Canada montrant les caractéristiques des rémiges d'anatidés

 

Voyons maintenant quelles techniques sont utilisées. On imagine bien qu’une sittelle qui ne quitte guère les troncs de chêne ne vole pas comme un vautour qu’on observe plus souvent en vol. Une fois de plus c’est le mode de vie qui détermine la technique.
Le vol à voile et le vol battu sont les plus observées.

A/ Le vol à voile
Il consiste à voler sans battre des ailes.
Les grands planeurs tels que les rapaces de la famille des accipitridés – vautours, aigles, buses, éperviers… pratiquent beaucoup ce type de vol. Leurs ailes sont typiquement très larges et proportionnellement courtes, aux extrémités digitées. Les raisons en sont simples : les cigognes ou les grues sont de grands migrateurs, parcourant plusieurs milliers de kilomètres entre leur site de nidification et leur site d’hivernage. Ces longs voyages demandent une endurance au-delà de notre imagination et puisent considérablement dans leurs ressources. Pour minimiser ces lourdes dépenses, ces oiseaux ont adopté ce type de vol qui leur permet de parcourir de très longues distances sans pratiquement battre des ailes. Ils utilisent notamment certains courants aériens, les courants jet, pour économiser encore leurs ressources.
Pourtant les grands rapaces, à quelques exceptions près, ne migrent pas. Mais ils dépendent souvent d’une nourriture peu abondante en tant que prédateurs. Ils doivent donc pour vivre couvrir un vaste territoire et pouvoir le dominer. De larges ailes sont alors utiles pour utiliser l’énergie thermique.
_ Un thermique dites-vous ?
_ Oui cher lecteur. On utilise aussi les termes d’ascendance ou de pompe.
_ Et qu’est cela ?
_ J’y venais justement. Voyez-vous, l’irrégularité d’un sol lui offre des orientations au soleil différentes et le couvert végétal varie d’un endroit à l’autre. Les échanges thermiques entre la terre et l’air sont donc variable selon si l’on est en adret ou en ubac, au-dessus d’une forêt ou d’un champ, si celui-ci est de lavande ou de blé… Ainsi il suffit d’une variation de la température de l’air entre deux endroits proches (et non d’une température élevée comme on le pense le plus souvent, même si l’amplitude des échanges est plus grande par temps chaud) pour créer ce que l’on appelle un thermique. Il s’agit d’une spirale d’air plus chaud qui, de par sa plus faible densité, monte verticalement.
Les oiseaux savent repérer ces ascendances et sont capables d’y prendre une hauteur tout à fait impressionnante en quelques minutes et sans battre des ailes. 

Utilisation d'un thermique par un rapace

Cela répond-il à votre question ?
_ Tout à plein, mais poursuivez maintenant, de grâce, je suis curieux de connaître la suite !
_ Très bien. Donc ces oiseaux, disais-je, pratiquent le vol à voile avec des ailes larges et courtes. Mais il faut préciser que d’autres le pratiquent avec des ailes longues et très étroites. Ce sont les albatros et autres oiseaux pélagiques. Se maintenir à une altitude constante dépend de la charge alaire et de la vitesse de vol. Dans le cas précédent, les rapaces compensaient leur faible vitesse par une voilure importante. Ici c’est l’inverse. Ces oiseaux, qui vivent en pleine mer, sont confrontés aux vents violents que nul relief ne peut arrêter. Ils profitent donc des vitesses importantes qu’ils y trouvent et n’ont alors pas besoin de larges ailes. Et même la configuration qu’ils possèdent leur offre une bien meilleure manœuvrabilité dans les courants forts.

B/ Le vol battu
Le vol battu quant à lui, concerne une grande majorité d’oiseaux. Il consiste à battre des ailes. La main (donc les rémiges primaires) sert, nous l’avons vu, de propulseur. C’est la partie de l’aile dont les mouvements ont la plus grande amplitude et le plus de force. Le bras (donc les rémiges secondaires) servent de voilure. C’est une méthode qui demande un bien plus fort apport d’énergie, et les oiseaux qui la pratiquent ont une musculature beaucoup plus développées.
La combinaison d’une main développée et d’un bras court trouve son paroxysme chez le martinet, dont la main est 8 fois plus longue que l’avant-bras. Les martinets ont évoluer vers le milieu aérien comme aucun autre oiseau. Leurs ailes sont si démesurées qu’elles lui sont gênantes lorsqu’il est posé, et ses pattes se sont tellement atrophiées que si d’aventure il se posait à terre, il serait presque incapable de s'envoler à nouveau. C'est pourquoi il niche dans des cavités de paroi ou des trous de bâtiments, d'où il peut se jeter avant d'ouvrir les ailes. Il ne se pose d’ailleurs que pour nicher, se nourrissant, dormant et se reproduisant en vol.  

Silhouette de martinet noir montrant sa forme typique de faux

La forme des ailes est aussi beaucoup liée au milieu de vie des oiseaux. Une mésange qui ‘’volette’’ aura des ailes courtes. A l’inverse, un busard ou un pipit, qui vivent en milieu ouvert, auront des ailes relativement plus longues. 

Différentes formes d'ailes pour différentes utilisations

Enfin signalons la présence d'un groupe de plumes rigides appelé alula, localisées sur le ‘’pouce’’ de l’oiseau. Cette touffe de quelques pennes a longtemps intrigué les scientifiques. En fait elles ne sont utilisées que lors de l’atterrissage, en vol lent ou en cas de turbulences. Lorsque l’oiseau se pose, il ralentit et augmente pour ça l’angle d’attaque de l’aile. Il ne va plus assez vite pour que la différence de pression entre le dessus et le dessous de l’aile soit suffisante pour le maintenir, et des turbulences naissent sur la face supérieure. L’oiseau tend alors l’alula vers l’avant, qui joue le rôle de déflecteur en accélérant la vitesse des filets d’air et en rétablissant l’équilibre.  

Fonction de l'alula, les plumes du pouce


_ Tout cela est très intéressant !
_ C’est que les oiseaux sont une source inépuisable d’émerveillement !
_ Certainement, mais puis-je poser question ?
_ Posez cher lecteur, je suis tout entier là pour vous répondre !
_ Si j’ai bien compris, nous venons ensemble de faire un tour d’horizon des fonctionnalités de la plume, et si je crois être désormais capable, en en ramassant une, de la localiser sur l’oiseau, je ne vois rien qui me permette de savoir à quelle espèce elle appartient !
_ C’est que le tour que nous en avons fait était incomplet. Il nous reste encore à étudier en quoi la plume est un outil de communication, de par leurs couleurs, leurs formes parfois… et je te prie de bien vouloir accepter que j’aborde ce sujet plus tard, ne voulant pas prolonger un article qui deviendrait ennuyeux.
_ Dois-je conclure que vous me promettez la suite ?
_ C’est ce que je promets en effet. Plaise à vous toutefois de me laisser vous faire la surprise. Elle viendra en temps utile pour vous éclairer sur quelques nouveaux secrets de la gent ailée…

 

Un grand merci à Cloé Fraigneau et Sophie Maillant pour leurs relecture avisée!

Pour en savoir plus :

- Reconnaître facilement les plumes de Cloé Fraigneau – Delachaux et Niestlé                                        

- Guide des traces et indices d’oiseaux – Roy Brown, John Ferguson, Michael Lawrence, David Lees - Delachaux et Niestlé

- Le royaume des oiseaux - Zdenek Veselovski - Gründ

- L’étymologie des noms d’oiseaux – Pierre Cabard et Bernard Chauvet – édition belin éveil nature, 2003

- Les oiseaux et la météo, l’influence du temps sur leur comportement – Norman elkins – édition -Delachaux et niestlé, 2001

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site